Parfois fatalistes devant l’inflation du low cost européen, les contrôleurs de la DREAL du Limousin savent où il faut frapper. Sur près de 2.600 poids lourds contrôlés en 2013, 200 P.-V. ont été dressés au total, les trois-quarts pour des fraudes au temps de conduite. 166 concernaient des transporteurs étrangers.

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La région Limousin n’est certes pas la plus représentative de France, puisque le transit international se limite essentiellement à la RCEA* qui passe vers Bellac ou Limoges. Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. À l’occasion de la publication, hier lundi, d’un bel article dans le quotidien régional La Montagne, la DREAL (direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) a publié son bilan 2013. Notre excellent confrère Sébastien Dubois a non seulement visité les parkings saturés et rencontrés les “galériens du low-cost”, mais il a donné la parole aussi au responsable de la DREAL. Gilles Pinel, en charge aussi des contrôles sur route, dresse un bilan éloquent : “Sur près de 2.600 poids lourds contrôlés en 2013, 200 P.-V. ont été dressés au total, les trois-quarts pour des fraudes au temps de conduite. 166 concernaient des transporteurs étrangers et 34 PV pour les chauffeurs français. Au total, 400.000 € de consigne sont encaissées par an auprès des routiers étrangers.”
Cette fraude à l’aimant qui leur échappe

Et encore, ce responsable est conscient qu’une partie de la fraude lui échappe : “Certains routiers posent des aimants, qui permettent de neutraliser l’enregistrement.” Ces aimants qui ne coûtent rien (10 euros) et qui se trouvent facilement, offrent des heures de conduite supplémentaires en faisant croire que le conducteur a bien dormi. En dehors du flagrant délit, il faut une grande expérience aux contrôleurs et aux gendarmes pour découvrir une anomalie. À l’opposé, un routier français s’expose à un risque maximal, car lors d’un contrôle diligenté ensuite au sein de son entreprise, l’agent de la DREAL demande ensuite l’extraction des données de passages aux péages autoroutiers. La justice dispose alors de la preuve que le fraudeur avouait dormir à 3h du matin, alors que le camion qui lui était confié roulait à 90 km/h et que son badge de paiement était enregistré aux péages !
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Un taxi apporte dans l’heure, le montant de la consignation

Dans le Limousin aussi, les contrôleurs sont fatalistes. Le montant des délits semble peu dissuasif pour les fraudeurs les plus organisés : “Les groupes étrangers souscrivent des abonnements auprès de sociétés d’assistance”, raconte Daniel Vergnenègre, contrôleur pour la DREAL. “En une ou deux heures, elles avancent des fonds et les chauffeurs peuvent repartir rapidement. Elles ont intégré le risque.” Alors que des sommes, qui peuvent apparaître comme conséquentes, sont provisionnées pour faire repartir au plus vite le camion verbalisé, leurs conducteurs doivent se contenter de salaires de misère. Les conducteurs portugais, polonais ou bulgares ont expliqué au journaliste de Limoges qu’ils devaient se débrouiller pour manger avec 5 euros par jour, pour les trois repas. Ils l’avouent. Ils limitent au maximum leurs achats en France, en choisissant pour les produits frais les magasins “discount” dans l’alimentaire. C’est au départ, depuis leur pays, qu’ils font le plein de leurs coffres.